Trajectoire de l’Impromantisme : une chronique poétique : épisode 2
- flamaellepro2
- 31 juil.
- 4 min de lecture
Bonjour et bienvenue sur ce deuxième article de mon blog.
Cette série de chroniques qui retracent mon parcours artistique à travers mon chemin de vie, mes inspirations et mes réalisations vous permet de mieux appréhender mon univers.
Voici la deuxième époque :
Trajectoire de l'Impromantisme : épisode 2
2005 - 2018 : Anar caluva tielyanna — le soleil brille sur le chemin
Il est des chemins qui ne se tracent pas d’un seul trait, mais par cercles, par élans successifs, par reprises et métamorphoses. Le mien s’est dessiné ainsi : à la fois intime et vaste, enraciné et mouvant, fait d’apprentissages, de bifurcations, de silences féconds et de lumières patiemment recueillies.
En 2004, j’ai commencé à apprivoiser l’huile et les châssis entoilés. Ce fut moins un simple changement qu’une traversée. J’ai eu la sensation d’entrer dans une spirale : un mouvement plus grand que moi, un cycle qui s’ouvrait, comme si une saison intérieure basculait d’un seul pas. Peu à peu, les petits boulots se sont effacés. En 2006, j’ai été recrutée bibliothécaire, dans une structure qui naissait elle aussi. Tout y était à inventer, à comprendre, à construire — comme dans une maison sans plans, où l’on apprend en avançant.
En parallèle, la vie personnelle dessinait une autre architecture. Une rencontre a ouvert un second foyer : un compagnon, son fils, puis une famille recomposée qui s’est tissée doucement, maille après maille. Ce fut une époque d’équilibre fragile et précieux, où l’ancrage du quotidien côtoyait l’élan de la création. Et, le dimanche matin, je peignais comme une voyageuse immobile : traversant un pays intérieur sans quitter le salon, laissant la lumière avancer dans le silence.
Avec un peu plus de moyens, j’ai pu investir dans de vrais châssis. Et presque naturellement, le passage à l’huile s’est imposé. Ce médium a été pour moi une évidence profonde : quelque chose de décisif, comme une porte qui s’ouvre sur la durée. L’huile ne se donne pas dans l’instant ; elle demande du temps, de l’attention, de la patience. Elle retient la lumière comme une mémoire, elle laisse l’éclat s’enfoncer dans la matière. J’y ai trouvé un langage à la mesure de ce que je cherchais sans encore le nommer.
Premières toiles à l'huile : 2004 - 2005
De 2006 à 2018, cette spirale est devenue un terreau intellectuel et émotionnel puissant où j’ai commencé de déployer mon univers. Avec une force dilettante et une rage travailleuse.
La bibliothèque m’a offert un lieu d’apprentissage intellectuel : nommer le monde, classer sans réduire, écouter les mots jusqu’à leurs nuances. La famille m’a apporté la stabilité, l’ancrage, la chaleur de fond. Et dans ce double sol, un foisonnement a commencé à pousser. Comme un arbre qui déploie ses branches. Comme un rhizome qui avance sous terre. Comme une pieuvre dont chaque bras explore sans perdre le centre.
La peinture, d’abord, en Provence — exposées à Gréoux-les-Bains, Manosque, Apt. Puis des élans solidaires, comme le Téléthon en 2011 et 2012. L’écriture aussi a trouvé sa place : des textes pour la scène avec la troupe Dissidance en 2009 et 2010, puis une recherche historique devenue roman documentaire sur Gréoux en 2015 et 2016, publié chez Edisud en 2017, puis le chemin d’autrice à partir de la même année.
En parallèle, la médiation culturelle et la transmission ont occupé une place essentielle : formation des bibliothécaires sur les littératures de l’imaginaire en 2008 et 2009, participation au MOOC Fantasy en 2014, conférences patrimoine avec Philippe Borgard, au CNRS, en 2017 et 2018, puis co-création de l’exposition universitaire Littératures de l’Imaginaire avec Virginie Delrue en 2018. Tout cela n’était pas dispersé. Tout cela formait une même matière vivante, une même recherche : comprendre, relier, transmettre, faire vibrer les mondes visibles et invisibles.
Au milieu de cette profusion, la forêt est restée constante.
Elle fut motif, relation, refuge, boussole. Présente comme une mémoire profonde, elle a accompagné ma peinture bien avant de devenir pleinement un territoire assumé. L’huile, dans sa lenteur et sa densité, s’est révélée être le médium capable d’accueillir cette présence : la forêt, la lumière, les chemins, les respirations, les seuils. J’y retrouvais une manière d’habiter le monde, de l’observer sans le réduire, d’en laisser monter les correspondances.
Et puis, en filigrane, il y avait déjà cette sensibilité tournée vers le Japon : l’art des intervalles, l’attention au vivant, la contemplation comme manière d’être au monde. Une façon d’écouter les silences autant que les formes, de percevoir ce qui relie plutôt que ce qui sépare, de laisser respirer l’image et le regard.
J’empilais alors mes expériences picturales comme des strates de terre : essais, reprises, détours, apprentissages silencieux. Chaque couche ajoutait quelque chose. Chaque détour affinait le geste. Chaque patience préparait une autre clarté. Et, à travers cette lente sédimentation, la lumière trouvait toujours une nouvelle manière de vibrer.
Vues d'expo, de l'atelier dans mon salon, des toiles vendues au profit intégral du Téléthon
C’est de ce chemin qu’est né l’Impromantisme.
Non comme une étiquette plaquée, mais comme une évidence mûrie. Un mot pour dire une manière de peindre et de sentir au croisement de plusieurs élans : l’élan du regard impressionniste, attentif à la lumière et à ses métamorphoses ; l’élan romantique, porté vers l’intime, le souffle, l’infini ; et, entre les deux, une voie personnelle, autonome, poétique, faite d’attention au vivant, d’intériorité, de silence habité.
L’impromantisme est né de cette traversée : d’une vie nourrie de bibliothèques, de famille, de paysages, d’écriture, de transmission, de forêts réelles et imaginées. Il est né d’un besoin de couleur et de sens, d’un désir de relier les expériences sans les confondre, de faire de la peinture un lieu de ré-enchantement.
Si je devais le dire simplement, je dirais ceci : l’impromantisme est une manière de regarder le monde comme on entre dans une forêt au lever du jour. Avec confiance. Avec lenteur. Avec émerveillement. En sachant que la lumière, toujours, finit par trouver son chemin.
Toutefois, fin 2018, je ne savais pas encore nommer ma peinture. J’avais à nouveau besoin de changements. De passer du voyage immobile et d’une certaine stabilité à un mouvement nouveau dans ma vie. Une nouvelle forme de liberté qui allait prendre 1 000 chemins.
Et ceci sera l’objet d’une prochaine histoire dans le troisième épisode de Trajectoire de l'Impromantisme


Commentaires